L’influence de la langue sur le message…

polyglotte

Pour beaucoup d’entre nous, que se passe-t-il quand nous parlons une langue étrangère ?

Souvent, nous donnons une tout autre image de nous-même : le ton de la voix est modifié, les mots sont différents, la respiration change, la gestuel est perturbée, la « présence » et « la substance » s’affaiblissent, et pire que tout, le message s’estompe ! Bref, ce serait presque une autre personne qui s’exprime.

Pourquoi ais-je un voix grave en anglais et aigüe en néerlandais ? Parce que j’ai confiance dans un cas et non dans l’autre. Il semble que sous tension, les cordes vocales se pincent, la respiration soi plus courte et nous avons tendance à monter d’une octave notre voix.

Pourquoi ma gestuelle se modifie-t-elle ? Parce que je sur-joue le langage corporel pour compenser le langage verbal défaillant.

Pourquoi présence et consistance sont-elles modifiées ? Cela ma semble un conséquence bien naturelle, qu’ayant perdu tellement confiance – consciemment ou inconsciemment – nous n’émettions plus les ondes positives ; ce ondes mystérieuses et pourtant bien réelles qui nous permettent de convaincre au-delà des arguments.

Pourquoi notre message risque-t-il de s’estomper ?

Ce qui fait la force du message est la conviction avec laquelle on le transmets (le contenant) plus que le message en lui-même (le contenu). Manquer d’assurance ne nous aide pas….

Pour vous inspirer, je vous livre un aspect psychologique, que l’étude de la différence culturelle m’a appris.

Nous les latins – accordons tellement d’importance aux mots – que nous sommes forts démunis quand nous ne dominons plus ceux-ci ! Nous sommes moins à l’aise, nous perdons confiance, notre gestuel nous trahi : est-il surprenant que nos interlocuteurs le sentent ?

Observez les anglo-saxons parlant français. Regardez comme ils sont décomplexés et fiers. Et ils ont raisons ; ils ne sont pas impressionnés – comme nous le sommes – par l’Académie Française, ce bataillon armé constitué par la France pour « défendre la langue française ».

Osons bafouiller et chercher nos mots, osons un synonyme imparfait, osons demander à l’interlocuteur « comme appelez-vous cette chose pour…. ».

Osons même la faute ! Vous verrez, on n’en meurt pas !

PS : je ne résiste pas à vos confier l’anecdote de Nabokov, un sacré bonhomme !

Je le laisse se présenter : « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j’ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne. Je suis venu en Amérique en 1940 …»

Vous serez d’accord avec moi pour lui accorder du crédit. Que lui est-il arrivé ?

Enfin célèbre, son éditeur le convint d’écrire sa biographie. Il écrit donc en anglais (Conclusive Evidence).

Bien après la publication, il se rend compte qu’en rafraichissant sa mémoire en langue russe, une autre vie apparaît, différente. Parce que Nabokov est Nabokov, sa quête de la réalité le pousse à réécrire ses mémoires en russe (Drugie Berega ; en français, Autre versant). Mais il est resté Nabokov et quand l’éditeur veut publier la version en langue anglaise, il traduit lui-même du russe en anglais. Mais il se rend compte de la limite de l’exercice, estimant que « l’âme russe ne rentre pas facilement dans une jaquette britannique » et réécrit une version en anglais à laquelle il donne un titre révélateur : Speak, memory. (Parle donc, mémoire !)

Voyez, même un écrivain doué pour les langues se perd dans le problème de traduction de ses propres souvenirs. Ami lecteur, restons indulgent avec nous-même !

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